Interview de Kyra Hauck

A l'occasion de la résidence artistique de sa compagnie DTS à la galerie Canopy

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Depuis le jeudi 24 juin, la galerie Canopy accueille en résidence une équipe de danseuses de la compagnie DTS, dont une chorégraphe. Qui sont-ils ? Quel est leur projet ? Pour répondre à ces questions, nous avons interviewé Kyra Hauck, porteuse du projet “solo-cum-trio”.


- Bonjour Kyra, est-ce que tu peux te présenter ? Quel est ton parcours ?


Je m’appelle Kyra Hauck, je suis originaire du Michigan, j’ai grandi là-bas et j’ai fait mes études à l’université du Michigan, près de Détroit. En licence, j’ai étudié les langues latines et la danse en ayant pour objectif d’être interprète-chorégraphe. En 2015, je suis arrivée en France pour réaliser un master de traduction à Paris 7 que j’ai achevé en 2017. C’était autour de cette même période, que j’ai rencontré la co-directrice actuelle de ma compagnie, Lauren Hlubny. On a réalisé un premier spectacle ensemble en 2016 : “La Vie est Un Songe”, un spectacle de théâtre et de danse. Il a très bien marché donc on a lancé la compagnie. Ça fait à peu près 4 ans qu’on travaille ensemble et la compagnie s’appelle Danse Theater Surreality et nous avons deux compagnies : une basée à Paris et une basée à New York. On travaille chacune de notre côté et on fait des aller-retour pour faire des spectacles dans les deux pays tous les ans.


- Qu’est-ce que c’est, DTS ?


C’est une compagnie à la fois de danse et de théâtre. Par la voie des arts et de la scène, notre mission est de donner du pouvoir aux femmes et aux artistes issus de minorités ethniques et sexuelles ainsi que de promouvoir l’équité dans les arts du spectacle. Tous nos projets sont engagés sur le plan social. On ne fait jamais de projet sans que nous puissions proposer à la communauté une sensibilisation liée à l’équité ou au genre.


- Pourrais-tu nous expliquer le projet “solo-cum-trio” ?


solo-cum-trio”, c’est ma prochaine création qui est inspirée par trois archétypes spirituels que nous avons tous à l’intérieur de nous-mêmes et que j’aborde par la voie de la danse : le guerrier, le guérisseur et le saboteur. Ces trois archétypes sont inspirés par le panthéon le plus ancien dont nous conservons une trace écrite : le panthéon sumérien. Je me base sur trois déesses sumériennes : la guérisseuse s’appelle Gula, déesse sumérienne et babylonienne, la guerrière c’est Inanna qui est la reine de ce panthéon et la saboteuse, c’est sa soeur : Ereshkigal, déesse des Enfers. Par ces trois archétypes que j’ancre dans ce panthéon, j’aborde le conflit intérieur que nous avons tous en nous. Pour développer ces trois personnages, je travaille avec des experts dans les domaines de la santé holistique : le mouvement (par le Tai-Chi), la santé mentale (je travaille avec deux psychologues, une américaine et une française) et les arts martiaux dans leur lien avec l’auto-défense (je travaille avec un maître krav-maga qui est aussi gendarme). Nous allons bientôt travailler à la galerie avec le maître de Tai-Chi pour développer le personnage de la guérisseuse.


- Quels sont plus précisément les trois archétypes que tu viens d’évoquer ? 


Il y a plein d’archétypes : l’enseignant, la mère, l’enfant, … Il y a plusieurs angles sous lesquels on peut les aborder : l’angle psychologique, sociologique,... Moi j’ai choisi l’angle spirituel car les différentes mythologies de toutes les cultures humaines sont une manière très efficace d’aborder les archétypes qui peuvent être assez complexes. Parce que nous avons une longue histoire avec ces mythologies-là, quand nous en faisons des créations, nous pouvons aborder plein de subtilités qui ne seraient pas forcément là autrement. Nous avons ces trois archétypes à l’intérieur de nous-mêmes : nous avons tous des moments où nous sommes dans le combat, où nous avons envie de lutter, ça c’est notre guerrière intérieure; des moments où nous faisons tout pour nous empêcher d’avancer, on se dit qu’on est pas capable, qu’on a pas les moyens, c’est notre saboteur. La guérisseuse c’est l’archétype qui nous aide à nous soigner par nous-mêmes.


- Quel est le but du projet ?


Fournir à la communauté un accès à la santé holistique, une autre approche de la santé. Pour se faire, chaque journée de représentation sera accompagnée par un atelier offert au public : soit un atelier de tai-chi, soit d’auto-défense, soit de travail sur la santé mentale. Aussi, une table ronde, une espèce de regards croisés avec différentes perspectives sur la santé holistique pour donner un accès au large public, créer une approche holistique à la santé sans devoir aller autre part consulter des experts. 

C’est encore plus pertinent en sortant des périodes de confinement car nous avons tous été confrontés à ces voix intérieures, qu’on entend tout le temps quand on est coupés du bruit du monde extérieur. J’ai constaté que beaucoup de personnes avaient du mal à gérer ça. Ce qu’on propose, c’est une introduction, une sensibilisation à plusieurs techniques pour pouvoir travailler sur soi-même à tous les niveaux.


- Quelles seront les différentes étapes du projet ?


On était en phase de préparation du projet depuis presque un an. J’ai commencé à travailler sur une première version de ce projet l’année dernière, au printemps. Au fur et à mesure que le projet a évolué, j’ai décidé de passer par l’axe spirituel pour développer les personnages. On a commencé à travailler pour demander des subventions fin 2020. Donc ça fait déjà plus de 6 mois qu’on travaille en arrière plan pour préparer la résidence. Pendant les 4 prochains mois, on va répéter. On aura des rencontres et répétitions avec des experts de chaque domaine. Chaque mois, on fera aussi un mini évènement où l’on présentera l’étape de recherche sur laquelle on est. En juillet, on proposera une répétition ouverte et on recevra un maître de Tai-Chi pour permettre aux seniors d’expérimenter le Tai-Chi. Je vais les interroger sur leur saboteur interne car ce sont eux qui ont le plus vécu, qui ont le plus d’expérience avec cette voix qui dit qu'on ne va pas y arriver. Ce qui m’intéresse c’est de savoir comment on peut combattre ça, comment on peut passer au-dessus et ces échanges-là vont informer mon travail sur le prochain personnage, quand je vais passer au développement du saboteur. Nous aurons aussi un événement pour les enfants où je vais leur présenter la démarche de création d’un projet artistique. Nous aurons un événement pour les adultes, (une répétition ouverte), un atelier pour les ados (lié à l’intégrité corporelle) et un événement pour les publics handicapés axé sur l’auto-défense. Chaque étape de recherche sera présentée
via une rencontre avec le public. Au mois de décembre, on a prévu la première sortie de résidence, la première journée atelier-spectacle. Il y aura un atelier, le spectacle à l’état où il sera à ce moment-là et une table-ronde. Il y aura trois journées de ce type au mois de décembre, janvier et février. Ensuite, on verra où est-ce qu’on pourra présenter le projet : d’autres structures d’accueil publiques, d’autres galeries ou même dans des théâtres.


- Qui sont les danseuses ?


Moi je suis directrice artistique et chorégraphe. Je vais aussi jouer la saboteuse. Lisa Meyer jouera la guérisseuse. La guerrière sera jouée par Lauren Hlubny. Je vais aussi recruter une danseuse locale parisienne pour doubler ce rôle. Chacune représente l’un des archétypes.


- Pourquoi avoir choisi l’Espace Canopy pour cette résidence ?


C’était une occasion idéale car la galerie nous fournit l’accès au public que l’on recherche. En tant que compagnie, on ne fait que du travail engagé. On n’est pas intéressé par un travail purement artistique même si c’est notre accès, notre entrée en matière. Pour qu’un projet engagé ait un effet, il faut qu’il y ait du contact avec le public concerné. Ce qui est génial avec l’Espace Canopy, c’est qu’il y a déjà un réseau qui a été travaillé, créé par la galerie et ils peuvent nous mettre en relation avec un groupe de seniors en très peu de temps pour qu’on puisse échanger avec eux et leur proposer un atelier de Tai-Chi. Nous, on profite du réseau de la galerie et de sa réputation dans le quartier, pour nous mettre en relation avec les différentes populations un peu fragilisées du quartier de La Chapelle. Dans l’autre sens, la galerie a choisi de travailler avec nous parce que nous avons fait un premier spectacle ensemble l’été dernier au Tipi Canopy. C’était en extérieur et on est très à l’aise avec un public ambulant, qui arrive et qui repart et on a cette capacité de capter leur attention et de les inviter à participer au spectacle même s’ils ne sont pas partis pour ça. 


- Une dernière chose à ajouter ?


Concernant le partenariat à New York, au mois de Novembre ma co-directrice sera là pour travailler sur le personnage du guerrier avec moi et avec la danseuse que je vais engager. A nouveau, moi j’irai passer 15 jours à New York pour faire une mini résidence là-bas pour travailler avec les danseurs et avoir d’autres avis d’autres experts pour travailler dans les trois domaines. C’est très important pour nous cet échange interculturel, international. Travailler avec deux maîtres Tai-Chi, un français et un américain, ça donne une perspective très intéressante, beaucoup plus ouverte sur la matière. Cette cohésion franco-américaine est quelque chose qui nous tient à cœur. 


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